Cité de l'architecture et du patrimoine

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Christian Biecher, Paris

Lundi 14 novembre 2011

Pour Christian Biecher, lorsque l'architecture compose les espaces d'un intérieur, d'une rue, d'un coin de ville, elle se doit d'y ajouter un supplément d'art, une forme de « sympathie » souvent bienvenus dans la rudesse environnante.

Formé auprès d'Henri Ciriani pour qui « L'Architecture est fondamentalement inutile. Elle n'est faite que pour le plaisir de l'homme, pour transcender sa vie. Si elle n'était qu'utile, elle ne serait que construction », Christian Biecher tient à cette dimension de plaisir et avance sans poser la question de l'échelle de ses réalisations. Du vase trois roses pour Baccarat, qui nous laisse voir au plus près sa pensée, au schéma d'extension de la Grande Motte, ses réalisations cherchent à nous mener vers l'évidence, en se dégageant du surplus, vers la lumière et la limpidité du mouvement.

Sollicité pour l'architecture intérieure des magasins de luxe (Harvey Nichols, Hermé, Fauchon) sa démarche n'est pas fondamentalement différente pour ses bâtiments. Leurs façades, notamment, démontrent le même souci d'ajouter une texture, une palette de couleur, une préciosité qu'il intègre au bâti. Née de ses voyages, cette formulation architecturale le propulse maintenant dans des pays sensibles au décor urbain comme l'Europe centrale. Il réhabilite ainsi l'ancienne bourse de Budapest et à Prague, réalise un immeuble l'ilot C habillé d'un zigzag en plaques de verre, au profil inspiré du cubisme : « Mon goût du décor vient du graphisme. Il apporte une notion de rythme. Je n'aime pas utiliser le motif décoratif isolé, comme un tatouage. Plus que l'ornement, c'est le motif répété qui m'intéresse. La multiplication du motif récurent peut presque produire une texture, adjoindre un décor dont la fonction serait notamment de pousser la forme encore plus loin ».

Décor et forme semblent être ensemble constitutifs du bâtiment, posture qui peut être encore poussée plus loin lorsqu'il s'inspire du baroque : « le baroque joue de ses déformations. Les plafonds et les murs ne se rencontrent pas à l'arrête mais débordent les uns des autres, se contaminent, se parasitent...les plafonds des abbatiales baroques m'ont ouvert les yeux sur les espaces où la verticale et l'horizontale deviennent floues ».

Mais cette architecture est aussi affaire de dosage, elle se fonde aussi sur le gout de Christian Biecher pour l'abstraction et la géométrisation. Cette année, il réalise un des magasins du « printemps » à Strasbourg. Il revient là à certaines références de ses pairs « Tschumi, c'était le point, ligne, surface, l'héritage de Malevitch, ce que le constructivisme avait magnifié avec Kandinsky. Ciriani, c'était une approche scientifique. Le processus constructif lié à la géométrie. Des exercices enchaînés sur le carré, la diagonale, la dilatation, l'espace court, en hauteur, bref un catalogue de formes, un catéchisme méthodologique jusqu'à épuisement. Alors j'ai repris les surfaces que Ciriani travaillait sans cesse et je les ai pliées. Et les volumes en sont nés. Je me suis mis à travailler les surfaces, j'ai emballé les projets dessus, dessous, sur les côtés. J'ai touché à la grande découverte de Jean Prouvé, une feuille en métal, mince, fragile, légère, une fois pliée devient solide. A cela j'ai ajouté une dynamique et une rythmique ».

A l'image de la crèche de la rue de Charenton, géométries, peaux d'architectures, matériaux vibrants, usages des couleurs, Christian Biecher réalise une architecture autant qu'il crée des atmosphères.


Diane de Ravel.


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