La construction des paysages par l’industrie
Jeudi 10 novembre 2011
L'industrie n'a jamais vécu en autarcie, elle s'est développée au sein d'un système d'échanges territoriaux. Beaucoup d'anciens ateliers se sont développés en milieu rural, au plus près de l'eau, pour faire mouvoir les roues qui actionnaient les machines, et au plus près de la forêt, pour fournir le bois dont s'alimentaient ses fours.
Cette emprise s'est faite progressivement : les rivières furent aménagées dès le Moyen Âge, couvertes de divers ouvrages - barrages, chutes, dérivations - qui permirent d'établir des installations tous les 500 mètres environ. Les forêts furent elles aussi façonnées par une pratique sylvicole destinée à la fourniture régulière de bois à brûler, et leur aménagement en taillis.
Les industries manuelles comme les tanneries et fabriques de laine ont occupé, quant à elles, le centre des villes et des bourgs, pesant largement sur la formation des parcellaires et des réseaux viaires, et imposant souvent leur développement. Avec la révolution industrielle, les choses ont rapidement changé. Les machines à vapeur ont remplacé les roues, la houille s'est substituée au bois. Des cheminées ont surgi, des toitures en sheds, des paysages miniers, avec leurs chevalements et terrils, qui restent pour nous les icônes
de l'industrie du XIXe siècle. Des villes champignons ont grandi et généré des faubourgs aux vastes cités ouvrières et grandes usines de briques.
Au XXe siècle, de nouveaux paysages se sont construits le long des fleuves, mêlant les hautes silhouettes tubulaires des raffineries aux immenses usines automobiles. Aujourd'hui les marques de ces entreprises subsistent malgré le reflux des activités. À qui sait les lire, elles témoignent de la place éminente, souvent ignorée, tenue par l'industrie dans leur formation, aussi bien dans la ville que dans les campagnes.
