Les tabacs, architectures d’une industrie de l’État, XVIIIe-XXe siècles
Jeudi 17 novembre 2011
Le patrimoine bâti de l'industrie française des tabacs offre un intéressant survol, sur trois siècles, des grandes tendances de l'architecture de l'industrie.
Il s'agit, certes, d'une industrie à part, «privilégiée», c'est à-dire monopolisée pour des raisons fiscales par l'État, de Colbert jusqu'à la Révolution française, puis de Napoléon 1er jusqu'à la privatisation de la Seita en 1995. Au delà des contraintes productives, reflets de l'évolution constante des modes de consommation du tabac, ses bâtiments doivent représenter l'autorité fiscale de l'État et du ministère des Finances.
Trois générations peuvent être identifiées. La première, au XVIIIe siècle, correspond à la concentration en atelier d'une main d'oeuvre importante pour un travail essentiellement manuel, voué à la production de «rôles» et de «carottes».
Quand la mécanisation se met en place dans les années 1830, la conception d'une nouvelle série de manufactures, sous la direction d'ingénieurs polytechniciens, mobilise la puissance des machines à vapeur dans la production du scaferlati (le tabac haché à fumer) et de la poudre à priser. Mais le cigare, qui devient à la mode sous la Monarchie de Juillet, résiste aux tentatives de fabrication mécanique. Requérant un nombre très considérable de cigarières travaillant à la main et aux pièces, il commande la construction de grands ateliers distribués en étages autour de cours permettant, entre autres, la fouille des ces ouvrières avant
leur sortie.
Le XXe siècle voit le triomphe de la cigarette toute faite, nécessitant à son tour de nouvelles formes bâties : d'immenses usines de plain pied, bien situées sur les réseaux de communication ferroviaire et routière.
La désaffectation progressive des anciennes manufactures à partir des années 1970 s'accompagne d'une reconnaissance de leur intérêt du point de vue de l'histoire et de l'art, et, dans plusieurs cas, leur sauvegarde par des reconversions, en logements, en bureaux, en lieux de culture et en lieux d'enseignement.
