L’usine : une ressource pour la modernité
Jeudi 12 janvier 2012
Au XIXe siècle, les composantes du site industriel - les ateliers, les entrepôts - sont parmi les programmes porteurs de la modernité : les industriels maîtres d'ouvrages deviennent plus sensibles à la rationalité des projets modernes et à leur économie qu'à leur inscription dans les valeurs des Beaux-arts.
Cette rupture ne va pas de soi. Bien des usines, et celles qui sont remarquées, sont pendant longtemps soumises à l'éclectisme architectural : les Salines royales d'Arc-et-Senans de Ledoux, les Docks St Katharine à Londres, les « châteaux de l'industrie » des industriels du textile dans le Nord, etc.
Les procédés de la construction en fer, les nouveautés typologiques (couvertures en sheds), sont élaborés par les entreprises de construction et les ingénieurs : les architectes ne tardent pas de leur côté à adapter la construction industrielle à des projets d'architecture. Entre 1900 et 1914, les halles de la Villette inspirent Tony Garnier dans l'étude célèbre Une Cité industrielle, et en Allemagne, l'usine AEG à Berlin (P. Berhens, arch.), la Fagus Werke à Aalfeld (W. Gropius, arch.) sont des monuments de la modernité ; enfin le modèle américain de la daylight factory opère (Manufacture des oeillets à Ivry). L'usine s'impose aux architectes comme terrain d'expérience d'une organisation fonctionnelle moderne : Le Corbusier trouve des schémas d'organisation inédits dans ses projets d'abattoirs. Les frères Perret deviennent d'importants constructeurs d'ateliers et d'usines construits en béton armé.
L'usine est aussi source de « figures architecturales » : dès 1923, l'atelier d'Ozenfant (Le Corbusier et P. Jeanneret, arch.) est coiffé de sheds empruntés à l'espace de l'usine. En retour, le style de l'architecture moderne s'impose aux architectes de l'industrie : abandon de la modénature savante, nouveaux percements... etc.
En fait la question est celle des échanges entre des cultures complémentaires
