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Cité de l'architecture et du patrimoine

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Le palais de Chaillot

Histoire du bâtiment. De l'exposition universelle à la "colline" des musées. Reconnu par certains comme le monument majeur des années trente à Paris, le palais de Chaillot est à l'echelle de la capitale, plus que le simple témoignage d'une époque, il marque de son empreinte monumentale, la grande composition urbaine et topographique de Paris.

Entre les deux guerres mondiales sa réalisation a rencontré et subi difficultés, hésitations, errements, opacité et polémiques dans sa programmation, sa commande et son élaboration. La mise en scène magistrale à laquelle les architectes Carlu, Boileau et Azéma ont abouti, n’en est que plus remarquable et méritoire. Dans la perspective de l’exposition internationale programmée en 1937, par mesures d’économies, on envisageait de réutiliser le Palais du Trocadéro, construit par l’architecte Davioud pour l’exposition de 1878, après l’avoir soumis à un “camouflage” extérieur et à des transformations internes.

Ce bâtiment, implanté tout au long de la colline de Chaillot, surplombant la vallée de la Seine, est à l’époque considéré comme le témoin désuet du style éclectique fin de siècle. Il est composé d’une immense rotonde - dans l’axe du Champ de Mars - abritant une salle des fêtes de 5 000 places, flanquée de deux tours et de part et d’autre, symétriquement, de deux grandes ailes curvilignes. L’une située à l’Ouest abrite le Musée de l’Ethnologie ; l’autre, côté Est, est réservée au Musée de Sculpture comparée voulu par Viollet-le-Duc, au Musée Indochinois et aux ateliers de moulage des Musées Nationaux. Après de multiples péripéties, trois concours sont lancés en octobre 1934 : le premier pour le camouflage des façades, le second pour la transformation interne et le troisième pour l’édification d’une tour «signal» sur la place du Trocadéro.

L’équipe Carlu, Boileau et Azéma remporte une des huit mentions décernées au concours de camouflage. Carlu ayant été nommé architecte en chef du palais de Chaillot en janvier 1935, son équipe est retenue pour réaliser le projet. Très rapidement, par étapes et esquisses successives, les architectes vont faire évoluer le concept de camouflage vers celui d’une transformation de plus en plus audacieuse, jusqu’à faire disparaître l’élément central de l’ancien palais, pour y créer le vide, l’ouverture, qui fait contre-point à la tour Eiffel. Projet mûrement travaillé et réfléchi plutôt que fruit d’un geste architectural, le parti adopté n’en est pas moins volontaire, puissant et lumineux par sa justesse et sa simplicité. Le plan d’ensemble et la structure du vieux Palais sont préservés pour servir d’ancrage au projet définitif de la composition qui s’organise selon trois axes :
- La salle des fêtes et les tours sont rasées pour faire place au parvis sous lequel le nouveau théâtre est construit ;
- Les ailes sont doublées en largeur côté jardin afin d’accueillir l’ensemble des collections muséales ;
- Les volumes des pavillons placés aux extrémités des ailes sont amplifiés et plus particulièrement ceux flanquant le Parvis dans le but de fortifier la brèche.
Le parti de monumentalité est renforcé par l’emploi d’un vocabulaire architectural au classicisme moderne : façade rythmée de pilastres et de hautes baies vitrées, pavillons couronnés de massives corniches, monumentales volées d’escalier reliant les différents niveaux.

Le projet des bassins et des fontaines à l’emplacement des anciennes cascades est confié à Thiers, Maître et Expert.

L’aménagement de la salle de spectacle revient aux frères Niermans et la décoration du grand foyer à Suë et Jaulmes.
La construction du palais de Chaillot est aussi l’occasion, comme pour le Palais de Tokyo, de créer une vitrine officielle de l’art figuratif des Années Trente : quarante sculpteurs, vingt peintres et un ferronnier d’art sont sélectionnés, pour les intérieurs et les extérieurs. Les architectes avaient pour mission de dresser le cahier des charges de chaque intervention afin de préserver l’unité d’ensemble. Sans faire table rase du passé, ils ont réussi à transcender l’esprit des lieux. Sources : Yves Augeard, Conservateur-Administrateur du palais de Chaillot / Isabelle Gournay, Le nouveau Trocadéro, Mardaga, 1985