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Cité de l'architecture et du patrimoine

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# 2/2015

avril-juin 2015
Archiscopie # 2 avril-juin 2015

ÉDITORIAL

Création et patrimoine - Intervenir sur le patrimoine existant peut aller de l’entretien courant d’un bâtiment, ou de sa remise à neuf sans rupture d’usage, à la réinvention du lieu pour de nouvelles fonctions(1), avec ou sans extension. 
Cette dernière démarche, que le discours fonctionnaliste - symbolisé par l’aphorisme de Louis Sullivan “form ever follows function(2)”  - semblait exclure, a en réalité toujours existé au fil de l’histoire architecturale, même si on n’en parlait guère, alors qu’aujourd’hui c’est devenu un sujet de débat récurrent. Signe des temps, notre premier numéro trimestriel proposait deux reconversions sur six visites de réalisations ; celui-ci en évoque trois, dont le bâtiment du tri postal de Nancy reconverti récemment en palais des congrès, après bien des discussions(3).
Même si le jeu de rôles entre “anciens” et “modernes” persiste lors des polémiques soulevées par des cas concrets (sauver tel édifice voué à la destruction, critiquer un projet de réutilisation jugé inapproprié...), l’opposition théorique a fait long feu. L’émergence de la réflexion sur le développement durable y est sans doute pour quelque chose, ses perspectives à long terme - en matière de bilan comme de prospective - ne permettant plus d’évacuer l’histoire comme source de réflexion sur l’avenir, au prétexte du passéisme. De plus, elle valorise le concept 
de recyclage - autrefois l’apanage des pauvres -, devenu très tendance. 
Ce qui est vrai du sac ou de la bouteille en plastique reconvertis en couverture et pull polaires l’est aussi de l’usine transformée en loft pour bobos, en centre culturel ou en pépinière d’entreprises, ou encore des immeubles de logements restructurés en bureaux en centre-ville dans les années 1980 et inversement aujourd’hui.
Si l’on peut regretter que, d’une démarche critique visant à préserver l’avenir de la planète pour les générations futures, l’on soit passé à un nouveau dogmatisme multiplicateur de normes concernant principalement les économies d’énergie (HQE et autres labels), on peut apprécier cet effet collatéral inattendu : démolir n’est plus un impératif a priori de la transformation, dès lors qu’une reconversion semble possible ; d’où une réflexion plus sereine et moins formatée, ne se réduisant plus aux positions extrêmes : d’un côté l’imitation ou l’architecture “d’accompagnement”, et de l’autre la tabula rasa.
La démarche de création intègre désormais l’existant comme s’il s’agissait d’un paysage où installer un nouveau programme, d’une réinvention des lieux. La dimension du temps, indispensable à la vie, s’inscrit dans l’espace, apportant du sens au projet 4.

Gwenaël Querrien


1 – 54 % du volume actuel de la construction concernent des travaux d’amélioration et d’entretien du bâti (cf. rapport 
du Sénat, www.senat.fr/rap/r04-064/r04-0644.html). Mais ces travaux ne constituent en 2012 que 25,5 % de l’activité des architectes (cf. CNOA, www.architectes.org).
2 – Cf. Louis Sullivan, “The Tall Office Building Artistically Considered”, n° de mars 1896 du Lippincott’s Magazine. Précisons que Sullivan intégrait dans le concept de “fonction” les contraintes du contexte (géographiques, foncières, financières et techniques) autant que le programme lui-même.
3 – Cf. § Positions - débats, le Tri postal de Nancy (p. 4). Cf. aussi § Au pied du mur, la Fondation Seydoux-Pathé (p. 34) et le parc-musée de
la Mine à Saint-étienne (p. 46).
4 – Cf. “Un bâtiment, combien de vies”, exposition jusqu’au 28/9/2015 à la Cité et catalogue.



AU SOMMAIRE


§ Positions - Débats


"Démolir ou reconvertir ? La deuxième vie du Tri postal de Nancy, Claude Prouvé 1970 / Atelier Marc Barani 2014", par Jean-François Pousse
Centre Prouvé, place de la République, Nancy (Meurthe-et-Moselle). Programme : création d’un centre de congrès par transformation et extension du Tri postal de Nancy (Claude Prouvé arch., 1970). Composants : hall d’accueil, 1 400 m2, 2 auditoriums (850 et 300 places), 12 salles de commissions, 2 espaces de restauration (900 et 300 places), 1 foyer-bar (1 200 m2), 1 espace d’expositions (2 700 m2), 1 parking souterrain pour voitures et vélos (450 et 150 places).
Maîtrise d’ouvrage : Communauté urbaine du Grand Nancy. Maîtrise d’œuvre : Atelier Marc Barani architecte mandataire (Julien Campagne, chef de projet), Christophe Presle architecte associé ; BET : Artelia (structures, VRD), Fontanez Francis (acoustique). Surface : 19 000 m2. Calendrier : concours 2007, chantier 2008-2014, inauguration juin 2014. Montant des travaux : 56 M€.

"Gérard Thurnauer (1926-2014) : faire la ville autrement", par Catherine Blain


§ Au pied du mur

"Visite à Austin, Texas", par Julien Bastoen

"L’architecture de la Philharmonie de Paris, Ateliers Jean Nouvel", par Alain Borie
Philharmonie de Paris, 221 avenue Jean Jaurès, 75019 Paris, comprenant deux ensembles de bâtiments, dont la “Philharmonie 2” (ex-Cité de la musique, Christian de Portzamparc arch., 1995) et la “Philharmonie 1”, nouvellement construite.
Programme : salle de concert de 2 400 places, espaces de travail pour les musiciens (6 salles de répétition, 10 studios de répétition, bibliothèque de consultation), pôle pédagogique, salle de conférences et galerie d’expositions temporaires, espaces d’accueil pour le public (foyers, salons privatisables, restaurant), espaces administratifs et logistiques, parking souterrain de 600 places. Maîtrise d’ouvrage : Association de la Philharmonie de Paris (financement : ministère de la Culture, Ville de Paris, Région Île-de-France) ; assistance maîtrise d’ouvrage : Delporte-Aumont-Laigneau (économiste et juriste), Setec TPI (AMO structure). Maîtrise d’œuvre : Ateliers Jean Nouvel architecte mandataire, Métra & associés architecte associé ; BET : Egis (génie civil, structure et technique) ; acoustique : Nagata Acoustics (maquette), Marshall-Day (salle), Studio DPA (bâtiment) ; façades et clos-couvert : HDA Arcora. Surfaces : 94 000 m2 (surface hors œuvre totale), 20 000 m2 (surface utile). Calendrier : concours 2007, chantier 2009-2015, inauguration le 14 janvier 2015. Montant du marché des travaux : 218,5 M€ HT. Montant actuel des travaux : 386,5 M€ HT.

"Fondation Jérôme Seydoux-Pathé, avenue des Gobelins, Paris 13e, Renzo Piano Building Workshop", par Jean-François Pousse
Programme : transformation-extension d’un ancien cinéma en fondation-centre des archives Pathé ; salles d’expositions, salle de cinéma de 66 places, stockage d’archives, bureaux, salle de réunions. Maîtrise d’ouvrage : Fondation Jérôme Seydoux-Pathé. Maîtrise d’œuvre : Renzo Piano Building Workshop ; équipe de projet : Bernard Plattner et Thorsten Sahlmann, Giorgio Bianchi, et al. Surface : 2 200 m2. Calendrier : commande directe 2008, livraison 2014.

"Musée de la Guerre de 1870 et de l’Annexion à Gravelotte (Moselle), Bruno Mader architecte",
par François Lamarre
Programme : parcours d’exposition permanente, salles d’expositions temporaires, espaces pédagogiques, salle de conférences, bureaux et espaces de conservation. Maîtrise d’ouvrage : conseil général de la Moselle. Maîtrise d’œuvre : Bruno Mader architecte mandataire ; Pierre Verger, scénographie ; Évelyne Deltombe, signalétique ; Speeg & Michel, conception lumière ; Aïda, acoustique ; Stéphane Remillet (agence Forr), paysagiste ; BET : Batiserf (structures), Louis Choulet (fluides) ; Michel Forgue, économiste. Surface : 3 078 m2 Shon. Calendrier : concours septembre 2008, première pierre mars 2012, achèvement avril 2014. Montant des travaux : 7,5 M€ HT (scénographie et aménagements extérieurs compris).

"Le parc-musée de la Mine à Saint-Étienne, Gautier+Conquet architecte mandataire, Michel Corajoud paysagiste",
par Gabriel Ehret
Puits Couriot, parc-musée de la Mine, 3 boulevard Franchet d’Esperey, Saint-Étienne (Loire). Programme : dans le périmètre protégé au titre des monuments historiques du puits Couriot (auparavant site Charbonnages de France), aménagement d’un parc public, restauration d’une partie des bâtiments, création de nouveaux espaces muséaux en leur sein, aménagement de l’accueil, d’une boutique et du bâtiment administratif, mise en lumière des bâtiments. Maîtrise d’ouvrage : Ville de Saint-Étienne, musée de la Mine. Maîtrise d’œuvre : Gautier+Conquet architecte mandataire (Dominique Gautier et Pascal Hendier,
chefs de projet), Michel Corajoud paysagiste, agence Archipat architecte du patrimoine, Scène (muséographie), Cobalt (mise en lumière) ; BET : BA Conseil / Babinot (structure), Clematis / Inex (fluides). Surfaces : parc, 6,3 ha ; édifices restaurés, 850 m2 ; parcours muséographique, 1 000 m2. Calendrier : marché de définition 2008-2009, études 2010-2011, chantier du parc 2012-2013, chantier des bâtiments 2013-2014. Montant des travaux : 6,6 M€ HT.

"Toulouse : de l’usine AZF à l’Oncopole. L’Institut universitaire du cancer, Jean-Paul Viguier architecte",
par François Lamarre
Institut universitaire du cancer, Oncopole, avenue Irène Joliot-Curie, Toulouse (Haute-Garonne). Programme : établissement hospitalier de 306 lits dont service d’hématologie de 30 chambres de secteur protégé et 20 chambres de secteur hautement protégé, plateau d’imagerie, plateau de radiothérapie , plateau opératoire (7 blocs + 1 bloc curiethérapie), service anatomopathologie, laboratoires de recherche, amphithéâtre de 300 places, restaurant mixte de 300 couverts, etc. Maîtrise d’ouvrage : Groupement de coopération sanitaire Clinique universitaire du cancer (CHU de Toulouse, Institut Claudius-Regaud). Conducteur de l’opération : Icade Promotion publique Santé, Oppidea. Maîtrise d’œuvre : Jean-Paul Viguier & associés architecte mandataire, avec Cardete & Huet architectes associés ; BET : SNC Lavalin ; économiste : Mazet & Associés. Surfaces : 100 000 m2 Shob, 65 000 m2 Shon. Calendrier : concours 2007, chantier 2009-2014. Montant des travaux : 170 M€ HT.


§ Culture

Antoine Stinco, Une éducation architecturale (Tunis - Paris - Rome – Paris), Paris, Sens et Tonka, 2014,
142 p., ill. noir, 18,50 €.
Recension par Jean-Pierre Le Dantec

Fanny Lopez, Le Rêve d’une déconnexion. De la maison autonome à la cité auto-énergétique,
Paris, éditions de la Villette, 318 p., ill. noir et coul., 25 €.
Recension par Jean-Pierre Le Dantec

Dominique Lefrançois, Le Parking dans les grands ensembles, Paris, éditions de la Villette, 2014, 175 p., 15 €.
Recension par Éric Furlan

Collectif de photographes, France[s] territoire liquide, Paris, Seuil, 2014, 408 p., 49 €.
Recension par Éric Furlan

Laurent Lecomte, Religieuses dans la ville. L’architecture des Visitandines, XVIIe et XVIIIe siècles, Paris, Éditions du patrimoine / Centre des monuments nationaux, coll. Patrimoines en perspective, 2013, 301 p., 59 €.
Recension par Pierre Pinon

La Sapienza, film d’Eugène Green, France/Italie, 2014, 1 h 44.
Recension par Rémi Guinard


§ Recherche - Enseignement


"Architecture et archéologie : les drones, nouveaux vecteurs de représentation spatiale", par Mélanie Meunier

"Recherche doctorale, Métier : architecte…", par Guy Lambert
Claude Massu, Marie Gaimard, Élise Guillerm (dir.), Métier : architecte. Dynamiques et enjeux professionnels
au cours du XXe siècle,
Paris, Publications de la Sorbonne (coll. Histo.Art, n° 5), 2013, 358 p., 22 €.


§ Bibliographie “Les Livres”

Fiches techniques et notices descriptives d'une centaine de livres récemment parus sur le domaine en langue française.