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Cité de l'architecture et du patrimoine

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Bordeaux

2006

Editorial

Comme bien des villes dont le développement est lié au commerce, Bordeaux(1) a été fondée au croisement de routes de terre et d’eau, sur un site de l’estuaire de la Garonne où les marées sont encore sensibles même s’il se trouve à 100 km de son débouché sur l’océan Atlantique. La largeur du fleuve à cet endroit est de 500 m, ce qui sert sa navigabilité mais constitue une coupure dans le territoire, ceci d’autant plus que le courant est fort et que les ponts sont rares pour ne pas gêner le passage des grands bateaux. Ce dilemme - construire ou non des ponts - est récurrent dans l’histoire de la ville puisque le premier - le pont de Pierre - date de 1822, et qu’elle n’en compte encore que trois, plus une passerelle ferroviaire. Ces 500 m sont pourtant peu de choses si l’on considère les dimensions de la Gironde, estuaire maritime commun à la Garonne et à la Dordogne, véritable “mer intérieure” atteignant 10 km de large sur une bonne partie de ses 70 km de long, et 25 km à son embouchure. Ainsi, quoique relativement à l’intérieur des terres, Bordeaux est-elle considérée comme une ville de la façade atlantique. Sa vocation de port de commerce international s’est développée jusqu’au XIXe siècle, y compris pendant les trois siècles de domination anglaise due à l’accession au trône d’Angleterre d’Henri Plantagenêt, second époux de la duchesse Aliénor d’Aquitaine, en 1154. Dès le XIIIe siècle, les Anglais acheminaient par mer les déjà célèbres vins vers toute l’Europe du Nord. Mais c’est au XVIIIe siècle que Bordeaux, devenue le premier port de France, va connaître son apothéose tant économique qu’architecturale, en particulier grâce au commerce avec les colonies, dont le commerce triangulaire entre la France, l’Afrique et les Antilles. Sa richesse s’est inscrite dans la pierre, la ville et son fleuve se mettant en scène réciproquement avec superbe. L’actuel aménagement des quais veut renouer cette relation après la période de rupture créée par la clôture du port pour raisons de sécurité. Pour libérer les berges, celui-ci a été déplacé en aval. Le velum général très bas de Bordeaux tient à la présence de quartiers entiers de maisons mitoyennes à un ou deux niveaux, essentiellement développés à partir du XIXe siècle. La qualité du patrimoine de son centre historique, revitalisé par les travaux sur l’espace public de ces dernières décennies - dont la récente implantation du tramway -, lui vaut une réputation (presque) à la hauteur de celle de ses vins. Il s’agit aussi bien d’édifices publics et d’hôtels particuliers que de lotissements d’habitation et même d’entrepôts. Depuis les années 1980, ces derniers ont donné lieu à des programmes de réhabilitation parfois très inventifs, comme la transformation d’anciens chais du quartier des Chartrons en logements. Citons aussi la reconversion du magnifique entrepôt des denrées coloniales, aux allures de basilique romaine quoique construit au XIXe siècle(2), en musée d’Art contemporain et en centre d’architecture (Arc en rêve). Les réalisations de l’après-guerre sont plus disparates, en dépit de quelques fleurons publics ou privés, ceci du fait d’une perte d’identité collective qui n’est pas spécifique à la capitale de l’Aquitaine, mais le reflet d’une époque. De plus, la fin des colonies, la taille croissante des navires et la concurrence internationale ont mis le port en difficulté(3). Après une période où Bordeaux se vidait de ses habitants au profit de la périphérie, les collectivités publiques territoriales travaillent aujourd’hui à des projets d’aménagement à l’échelle de l’agglomération, qui cherchent à limiter à la fois le mitage du territoire et l’engorgement de la ville-centre. Parmi les grands projets récents, on peut citer, outre le tramway et la reconquête des quais, la réhabilitation des grands ensembles de la rive droite, la création de jardins publics et de promenades... et le projet d’un nouveau pont. Le conflit entre navigabilité - y compris pour les paquebots de croisière qui s’amarrent en centre-ville - et création de ponts sur la Garonne reste en effet d’actualité. L’idée de creuser un tunnel, qui évite cet écueil, semble avoir achoppé sur la question du coût, outre l’inconvénient bien réel d’exclure piétons et deux-roues. Et si la vieille solution du bac, mais à la vénitienne (grande fréquence), retrouvait un avenir ?

Gwenaël Querrien

1 – Préfecture de la Région Aquitaine, Bordeaux a aujourd’hui 230.000 habitants (sur 4.455 ha), tandis que l’ensemble des 27 communes constituant la Communauté d’agglomération - la CUB - en compte 660.000 (sur 55.188 ha), et l’agglomération 735. 000. C’est la sixième métropole de France au regard de son activité (6e PIB régional).
2 – 1822-24, par Claude Deschamps ingénieur des Ponts et Chaussées (à qui l’on doit aussi le pont de Pierre).
3 – C’est aujourd’hui le septième port de France avec un trafic de 8,1 MT traité sur six sites entre Bordeaux et l’océan.

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Auteurs
Chantal Callais
Thierry Jeanmonod
Gilles Ragot

Édition
Cité de l'architecture et du patrimoine

Parution

Mars 2006

N° ISBN
2916183027

Détails
72 pages, illustrations couleurs, format 21 x 14,9 cm

Prix
20 euros