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Cité de l'architecture et du patrimoine

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Casablanca

1999


Editorial
Premier port marocain dès 1906, date à laquelle son trafic dépasse  celui de Tanger, Casablanca l’est toujours aujourd’hui, drainant à lui seul 45 % du trafic portuaire national, et même 61% si l’on  y ajoute le trafic de Mohammedia situé en limite est de l’agglomération. Par ailleurs la ville concentre environ 43% des unités de production industrielles, et sa région près de 60%. A contrario, elle ne connaît guère les faveurs du secteur touristique car elle ne bénéficie ni d’un site exceptionnel, ni du paysage urbain des villes impériales, telles Rabat, Fès, Meknès ou Marrakech. Et si les installations balnéaires de la côte, entre le phare d’El Hank et le marabout de Sidi Abderrahmanne, sont attractives, le centre-ville tourne le dos à la mer dont il est coupé par la zone d’activité portuaire traditionnellement inaccessible, comme dans de nombreuses villes-ports.
La reconquête du rivage reste encore à venir. Pourtant, par sa vitalité, elle a suscité au fil du temps bien des appétits, économiques et donc aussi guerriers. Le XXe siècle est ainsi marqué par l’épisode français qui a contribué à façonner son image actuelle, depuis le débarquement d’août 1907, suivi de l’établissement du Protectorat en 1912, jusqu’à l’Indépendance en 1956. Mais le port existait bien avant : la bourgade d’Anfâ s’est développée sur le site dès le XIe siècle, et son déclin sera dû à sa destruction par les Portugais vers 1469. Peu à peu reconstruite, d’abord de façon précaire, puis en dur, la ville prend le nom de Dar el Beida évoquant les murs blancs chaulés des habitations dépassant des murailles sur lesquelles elles s’appuient. Des 50 hectares de la ville intra muros relevés en 1900 par le Docteur Weisgerber - la ville compte alors 20.000 habitants -, on est passé aujourd’hui à une agglomération s’étendant sur 86.000 hectares, dont 15.000 urbanisés, et comptant près de 3,5 millions d’habitants. Tout au long de ce siècle, une des caractéristiques de Casablanca a été la présence de populations d’origines très diverses : Français bien sûr, mais aussi Espagnols et Italiens, ou, dans une moindre mesure, Portugais, Russes, Polonais, Suédois, Britanniques, Suisses et Américains. Venus au gré d’aléas politiques ou personnels dans l’espoir d’une vie meilleure sur un sol où tout paraît possible, ces différents groupes y rencontreront d’autres immigrés, de l’intérieur ceux-là, puisque Casablanca, du fait de son dynamisme économique, polarise depuis fort longtemps l’exode rural marocain.
 "Sous la blanche matité d’un nom se cache, couleurs mêlées et disparates, un manteau d’Arlequin" écrivent Alain Bourdon et Didier Folléas dans l’introduction au recueil Casablanca, fragments d’imaginaires (Institut français de Casablanca, Éd. Le Fennec, 1997). Dans cette ville où cohabitent traditionnellement des communautés musulmanes, juives et chrétiennes, ces "couleurs mêlées", qui sont aussi bien l’expression des différences de pays d’origine, que religieuses ou sociales, prennent des allures de kaléidoscope, à la fois séparées et mobiles dans le temps, lorsque peu à peu l’occupation des quartiers change.
Auteurs d’une biographie de cette ville tumultueuse et de ses édifices, récemment publiée aux éditions Hazan, Jean-Louis Cohen, architecte et historien, et Monique Eleb, psychologue et sociologue, brossent ici le paysage de la ville d’aujourd’hui à partir du développement des quartiers qui ont constitué son territoire, afin de permettre au visiteur de mieux comprendre, au fil de l’histoire, les enjeux actuels.

Gwénaël Querrien

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Auteurs
Jean-Louis Cohen
Monique Eleb

Édition
Institut français d'architecture

Parution
Juillet 1999

Détails
60 pages, illustrations couleurs

Prix
19,82 euros

Supplément au Bulletin d'informations architecturales, n° 222