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Cité de l'architecture et du patrimoine

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ISTANBUL

2010

Préface
Il suffit de regarder quelques secondes une carte ou une photo satellite pour comprendre la situation géostratégique d'Istanbul, installée sur un promontoire au débouché de la Corne d'Or sur le détroit du Bosphore, entre Europe et Asie(1). La ville est au croisement de deux voies majeures fort anciennes du commerce international. L'une, maritime, est l'unique accès de la mer Noire à la Méditerranée, via le Bosphore, la mer de Marmara, le détroit des Dardanelles et la mer Égée, si bien que les deux détroits turcs sont aujourd'hui encombrés de porte-conteneurs et de supertankers croisant le cabotage local au risque de collisions(2). L'autre voie est terrestre et reprend l'ancienne route des caravanes reliant Europe et Asie avec franchissement du Bosphore par bateau, une situation qui a fait de l'ancienne capitale turque le terminus du mythique Orient-Express. La création des grands ponts autoroutiers - deux à ce jour (1973 et 1988) et bientôt trois, sans compter la prochaine ouverture de la ligne de chemin de fer Marmaray(3) traversant en tunnel- a banalisé cet itinéraire désormais envahi par des flots ininterrompus de voitures et de camions.
Au cours de sa longue histoire, Istanbul a été successivement capitale de trois Empires - romain d'Orient, byzantin et ottoman - qui ont constitué ses différentes strates encore lisibles aujourd'hui. Comme le soulignent les auteurs: "L'Antiquité et les débuts de l'Empire byzantin ont défini les grands tracés ainsi que les limites de la ville ; les Ottomans ont ponctué le site avec de grands équipements monumentaux; le XIXe siècle a rationalisé le tissu [par] des lotissements quadrillés, tandis qu'Henri Prost a mis en place [dans les années 1930] les grandes voies modernes avec lesquelles la ville fonctionne toujours."
Sans doute la perte de son statut de capitale politique du pays au profit d'Ankara lors de la proclamation de la république de Turquie en 1923 (décision d'Atatürk) et le repli sur soi du bloc soviétique ont-ils valu à Istanbul une période de relative stagnation. Mais, depuis trois décennies, elle a retrouvé son dynamisme commercial et a connu un développement fulgurant, s'étalant toujours plus loin sur les deux rives du Bosphore, dorénavant bien au-delà des rubans côtiers.
Considérée avant les années 1980 comme une ville du tiers-monde, elle est devenue une métropole mondialisée. Sa croissance ne relève pas seulement du changement de conjoncture politique, ni de l'explosion de l'urbanisation dans le monde à la fin du XXe siècle, même si l'augmentation du nombre de ses habitants est largement due à l'exode rural: un peu plus d'un million d'habitants en 1942, 3,6 millions en 1975, 13 millions aujourd'hui. C'est que, dans le même temps, son territoire a été considérablement étendu. Contrairement à Paris, toujours confiné dans la ceinture du périphérique, Istanbul a physiquement beaucoup grandi. Ses limites historiques, immuables jusqu'au milieu du XXesiècle, incluaient la "péninsule historique" abritée derrière les remparts romains et byzantins, les quartiers de Galata et Pera (devenus Beyoğlu) sur l'autre rive de la Corne d'Or, et la rive asiatique du Bosphore en vis-à-vis de ces deux centres européens. Elles ont été repoussées en deux étapes. Dès 1984, Istanbul prend la dimension d'une métropole constituée des 27 districts de la zone urbaine agglomérée. Puis, à partir de 2004(4), elle se confond avec la province (ou département) du même nom, incluant dès lors les 32 districts de la province, qui deviendront 39 en 2008 du fait de redécoupages internes à ce grand territoire (5.343 km2 dont 3.479 km2 en Europe et 1.864 km2 en Asie). Dans le même temps, la dislocation du bloc soviétique la repositionne sur l'échiquier des échanges commerciaux internationaux, suscitant le développement de ses infrastructures de transport et la surfréquentation des deux détroits turcs. Plus récemment, les nombreux programmes lancés dans le cadre de la désignation d'Istanbul comme capitale européenne de la culture 2010(5) ont aussi contribué à remettre la première ville turque sous les feux de la rampe.

Gwenaël Querrien

1 - Long de 32 km, le Bosphore varie en largeur de 500 à 3.000 m. Outre l'étroitesse et la sinuosité des deux détroits turcs des Dardanelles et du Bosphore, de forts courants y compliquent la navigation. À l'entrée du Bosphore, la Corne d'Or est un estuaire en eaux profondes où se réunissent deux rivières, le Barbyses et le Kydaros, et qui a de tout temps constitué un port naturel. Aujourd'hui, les divers sites portuaires d'Istanbul pour les marchandises et les conteneurs, peu à peu privatisés ces dernières années, sont disséminés hors du centre-ville.
2 - Plus de 50.000 navires sont passés par le Bosphore en 2009, et entre 150 et 200 tankers y transitent chaque jour. La multiplication des transports d'hydrocarbures, russes en particulier, est un risque majeur pour les riverains, au même titre que les risques sismiques qui pèsent sur la région. 11accidents de navigation ont eu lieu dans le Bosphore en 1997, 42 en 2005.
3 - Objectif mixte : grandes lignes et trafic urbain de type RER.
4 - Depuis 2004, la Turquie est constituée de 81 départements dont la plupart portent le nom de la ville principale, sans que les deux entités soient pour autant confondues.
5 - Cf. www.en.istanbul2010.org/.



Sommaire

- Byzance-Constantinople, antique et médiévale
- La ville ottomane
- Constantinople cosmopolite 1800-1950
- Istanbul contemporaine
- Promenades dans Istanbul

En savoir plus

Auteurs
Alain Borie, Pierre Pinon

Édition

Cité de l'architecture et du patrimoine

Parution

Décembre 2011

N° ISBN
978-2-916183-21-3

Détails
80 pages, illustrations couleurs et n&b, format 23 x 30 cm

Prix
20 euros

Hors-série d'Archiscopie.